No 182, avril-mai-juin 2022

Communauté

"Une coach plutôt qu’une enseignante"

Rencontre avec Maike Elisabeth Debus, professeure assistante de psychologie du travail et des organisations


Maike Elisabeth Debus


Bio express
Maike Elisabeth Debus a obtenu un diplôme en psychologie à la Technische Universität Braunschweig (Allemagne), suivi d’un Doctorat en psychologie du travail et des organisations à l’Université de Zurich (2012). Elle a travaillé comme postdoctorante à l’Université de Zurich, a été chercheuse invitée à la Portland State University (Oregon – USA) et Professeure assistante à la Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg (Allemagne). Elle est professeure assistante à l’UniNE depuis 2021.

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Une coach plutôt qu'une enseignante. C’est ainsi que se définit Maike Debus, professeure assistante de psychologie du travail et des organisations, rencontrée en marge de sa leçon inaugurale intitulée «Avoir le sentiment que son emploi est en jeu: percevoir et réagir à l'insécurité de l'emploi». L’occasion de découvrir le parcours qui l’amenée à Neuchâtel.    

Adolescente, elle s’envisageait artiste, mais finalement c’est à travers la psychologie qu’elle s’est épanouie, dans son Allemagne natale, à l’Université de Zurich, momentanément aux Etats-Unis et, depuis début 2021, à l’Université de Neuchâtel. Le français étant encore un peu récent dans sa vie, c’est en anglais qu’a lieu l’entretien.

Deux niveaux sont mis en évidence dans le titre de votre leçon inaugurale: la perception et la réaction au sentiment d’insécurité de l’emploi. 

Ce qui est en jeu, c’est à la fois le pourquoi et le comment du sentiment d’insécurité de l’emploi. Pourquoi on peut avoir le sentiment que l’on risque de perdre son travail, et comment on réagit à ce ressenti.

Concernant celui-ci, je me penche sur différents types de facteurs en cause. Par exemple le type de contrat, car un contrat à durée déterminée peut être source de davantage d’inquiétude. Les caractéristiques de l’employeur, sa façon de se comporter par rapport à la concurrence, vont avoir une influence également. Et les facteurs personnels: quelqu’un qui a une vision sombre du monde, qui ressent beaucoup d’émotions négatives, va en général être davantage en proie au sentiment d’insécurité de l’emploi.

La situation a-t-elle beaucoup évolué depuis 20 ou 30 ans ?

Le fait que les gens se préoccupent de la sécurité de l’emploi est une constante assez régulière, même ici, où nous sommes dans un environnement économique plutôt stable, comme en témoigne le «Baromètre des préoccupations» publié chaque année par Credit Suisse. Mais la pandémie de Covid a été quelque chose qui a clairement désécurisé les gens par rapport à une éventuelle perte de travail, certains secteurs économiques tout particulièrement.

Au-delà de l’analyse du comment et du pourquoi de ce sentiment, que pouvez-vous faire concrètement pour changer certaines choses? Quelles sont les conséquences pratiques de votre travail?

Je regarde les différents contextes dans lesquels les gens se trouvent. La situation selon les pays, selon les entreprises, selon les situations individuelles. Je prends également en compte le vécu des individus à travers les différents emplois qu’ils ont connus auparavant. Et bien sûr, l’objectif final consiste à développer des recommandations pratiques, que ce soit au niveau des entreprises ou au niveau des pays.

Je mets en relation le niveau individuel et le niveau plus macroscopique. Nous avons pu démontrer que quand les gens vivent dans un pays qui se caractérise par d’importants filets de protection sociale, l’expérience de la crainte de l’insécurité de l’emploi est moins douloureuse, car il y a la conscience d’une sécurité due à l’Etat, un sentiment de relative sécurité financière.

J’ai également travaillé par exemple sur le rapport à cette inquiétude dans le cas de couples dont les deux membres travaillent, et comment l’insécurité de l’emploi chez l’un influe sur l’autre. Phénomène étonnant, on a constaté que cette situation est très stressante pour l’homme… et beaucoup moins pour la femme, plus résiliente.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans vos recherches et dans votre enseignement?

Concernant mes recherches, c’est l’autonomie dont je bénéficie. Je peux me pencher sur tout ce qui m’intéresse, appliquer de nouvelles méthodes, collaborer avec des gens partout autour de la planète, c’est vraiment la «liberté académique». J’apprécie aussi l’idée de pouvoir contribuer personnellement à la façon dont les gens vivent leur travail, et de pouvoir leur apporter des recommandations pratiques.

Sur le plan de l’enseignement, j’aime partager avec les étudiantes et les étudiants mon enthousiasme pour la recherche. Leur montrer comment on peut utiliser la science pour répondre aux questions que nous nous posons. J’aime voir leur esprit critique se développer au fil des ans. Au niveau de mon enseignement, même si j’ai une matière à transmettre, un plan à respecter, je suis prête à prendre en compte leurs intérêts et à y consacrer du temps. En fait, je me considère davantage comme une coach que comme une enseignante. Une coach qui les soutient dans leur processus de recherche, et les pousse à trouver leurs propres solutions.

Enfant, quel métier rêviez-vous d’exercer plus tard?

Peut-être pas enfant, mais adolescente, je me voyais artiste, parce que j’avais, comme encore aujourd’hui, un intérêt très marqué pour l’art, la photographie, l’architecture. J’ai commencé à suivre des études artistiques, et j’ai vite réalisé que je n’étais pas à la bonne place, car il me manquait la dimension analytique des choses. Je n’étais donc pas complètement heureuse dans ce contexte. J’ai alors commuté sur la psychologie… et ai poursuivi dans ce chemin!

Un livre que vous avez lu enfant et qui a participé à vous construire?

Les ouvrages pour enfants de l’auteur et illustrateur Janosch, avec comme personnages un petit tigre et un petit ours, confrontés à des problèmes réalistes. Janosch a une perspective très intéressante sur la vie, y compris sur des questions politiques, et ses livres pour enfants peuvent se lire à deux niveaux. Il a publié également des chroniques hebdomadaires dans la presse allemande, «Wondrak», un personnage qui répond aux questions des lecteurs. Des réponses très simples… et très vraies.

Des musiques favorites?

Cela fluctue en fonction de mon état d’esprit. Quand j’ai besoin de me dynamiser, j’écoute de l’électro. Mais j’aime aussi des chansons, par exemple de Harry Styles, ou de Sam Smith. Et j’écoute de la musique classique également.

Le souvenir d’un moment particulièrement fort pour vous dans le cadre universitaire, ici ou ailleurs ?

Il y en a beaucoup. Le moment où j’ai défendu ma thèse. Ou lorsque j’ai appris qu’un grand projet de recherche que j’avais soumis au FNS était accepté… un moment de joie intense ! Et j’ai eu la chance, au cours de ma trajectoire académique, de croiser plusieurs personnes qui ont été des modèles pour moi, qui m’ont inspirée. Ainsi une professeure aux USA, Tahira Probst, avec laquelle j’ai travaillé. Elle était très novatrice, j’ai beaucoup appris d’elle et nous sommes d’ailleurs restées de proches amies. Ou Martin Kleinmann, qui a supervisé ma thèse, qui m’a prodigué beaucoup de conseils au cours de mon parcours. Je suis très heureuse et très reconnaissante d’avoir rencontré ces gens.


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