No 155, novembre - décembre 2018

Communauté

News du Bureau qualité

Le 10 octobre le Bureau qualité a réuni un jury d’étudiant-e-s en FLSH pour choisir le gagnant du «Crédit Suisse Award for best teaching» de cette année. Le prix a été remis lors de la cérémonie de remise de diplômes de Master en FLSH le 30 novembre dernier au docteur Martin Hilpert. Interview du lauréat:

Martin Hilpert

"Donner l'envie d'apprendre par soi-même"

Rencontre avec Martin Hilpert, professeur de linguistique anglaise, lauréat du «Credit Suisse Award For Best Teaching» 2018

Martin Hilpert, professeur de linguistique anglaise, remporte cette année le «Credit Suisse Award For Best Teaching» 2018 pour son cours «Vivre le bilinguisme», auquel il a appliqué la technique de la «classe inversée». L’occasion de comprendre de quoi il s’agit… et de découvrir qui est Martin Hilpert.


Martin Hilpert parle lui-même couramment l’allemand, l’anglais, le suédois et le français. Et la musique aussi, mais cela, c’est une autre histoire! Quoique…

Pourriez-vous nous décrire brièvement quels étaient les objectifs du cours «Vivre le bilinguisme»?
C’était un séminaire destiné à des étudiants qui sont tous bilingues, en général en français, allemand, anglais, portugais… D’une certaine manière, ils sont déjà des spécialistes en bilinguisme, puisqu’ils vivent ce phénomène au quotidien. Ma perspective était donc de leur faire observer le phénomène plutôt dans la perspective scientifique. Leur montrer les questions que se posent les chercheurs en linguistique: que se passe-t-il vraiment quand on parle deux langues, comment les enfants développent-ils le bilinguisme, etc.

L’approche pédagogique spécifique qui vous a permis de décrocher ce prix est la «classe inversée»… c’est-à-dire ?
L’idée principale est de redéfinir le rôle du professeur. Dans un cadre normal, l’enseignant est devant la classe, il a toutes les bonnes réponses, c’est l’expert. Le «savant» est au premier plan. Dans la classe inversée, le professeur se transforme plutôt en une sorte de conseiller aux côtés et au service des étudiants. Dans ce cours, je leur ai dit: «Vous êtes bilingues, vous avez sans doute des questions à vous poser sur le bilinguisme! Je ne suis pas votre prof, je suis votre assistant de recherches, c’est à vous de m’apporter des questions, des problèmes, des idées pour des projets de recherche. Moi, je vous apporte le savoir-faire, notamment dans la collecte de données à travers des outils informatiques et statistiques».

Cette approche passait aussi par des vidéos que les étudiant-e-s devaient voir avant les cours?
Si on utilise le temps des cours pour des exercices pratiques, cela signifie que le contenu normal des leçons doit être déplacé. J’ai donc enregistré des vidéoconférences, que j’ai postées sur ma chaîne YouTube. Les étudiantes et les étudiants devaient donc effectivement les visionner préalablement. Il faut être conscient que les vidéoconférences, si on les suit en solitaire, ne sont pas très efficaces. On le constate avec les MOOC («Massive Open Online Courses»), dont l’idée de départ avait l’air chargée de promesses. Mais il a fallu se rendre à l’évidence que souvent, suivre des cours en étant seul ne sert pas à grand-chose. Il est donc essentiel d’apporter un complément aux vidéoconférences avec des activités concrètes, de vraies interactions, pour que les informations deviennent compréhensibles.

Quels ont été les retours de la part des étudiant-e-s?
Au début, c’était assez difficile. Si un professeur a des attentes, des étudiants en ont aussi! Quand on développe une approche qui est hors des formats standardisés, cela peut créer de la confusion, ou une absence de confort. Comme ce format casse la routine, il nous a fallu un peu de temps pour trouver une nouvelle manière de fonctionner. Au départ, les étudiants se sont demandé ce que je voulais d’eux, quelles étaient les exigences. Le prof est l’assistant de recherches, cela veut dire quoi? Et puis, un cours de ce type-là, c’est aussi une charge de travail un peu supérieure à un cours traditionnel… Mais à son issue, les étudiants ont reconnu que c’était une chance d’approcher les choses différemment et qu’à travers cela on a accompli quelque chose d’intéressant.

Quand on parle de professeur d’université, on met souvent le poids sur la maîtrise d’une matière, sur la qualité de ses recherches, mais rarement sur son sens pédagogique. Quels sont selon vous les atouts d’un bon professeur d’université?

Pour moi, un bon prof est quelqu’un qui est passionné par son sujet. Quelqu’un qui aime ce qu’il enseigne, et qui sait donner à ses étudiants l’envie d’apprendre. Il m’est arrivé de dire à mes étudiants que je ne croyais guère à la pédagogie, que je ne suis pas là pour enseigner, mais que je peux les aider à apprendre par eux-mêmes. C’est un point de vue un peu radical, mais il y a une certaine vérité là-dedans. Au-delà de cela, ce n’est jamais une mauvaise idée d’être préparé, organisé et de savoir de quoi on parle!

Nous allons passer à quelques questions qui vont peut-être nous aider à mieux saisir qui est Martin Hilpert… Enfant, quel métier rêviez-vous de pratiquer une fois adulte?
Je peux vous avouer que je suis un musicien raté! Je chante, je joue de la guitare et je rêvais d’être musicien. Lorsque je suivais mes études, la musique était vraiment ma passion. Je jouais avec un groupe, on a d’ailleurs enregistré des albums, c’était génial, mais finalement j’ai dû reconnaître qu’il y a d’autres musiciens beaucoup plus talentueux que moi! Mais ce qui est génial avec la musique, c’est qu’on peut la garder avec soi sans être pour autant un musicien professionnel. Je continue de jouer à la maison, avec des amis ou… à la fête de Noël de l’Institut d’anglais!

Un livre qui a participé à vous construire?
Adolescent, j’ai découvert «Gödel, Escher, Bach», de Douglas Hofstadter. Gödel est un mathématicien, Escher est le célèbre artiste des perspectives absurdes, illogiques, et Bach, le musicien. Tous les sujets traités dans ce livre s’entrelacent. C’est un vrai tour de force qui m’a laissé une forte impression.

Vous êtes musicien vous-même… mais quelle est la musique qui vous accompagne en général?
J’ai des goûts très variés. Clairement, ce qui a fondé mon goût pour la musique, c’est le rock des années 60: Beatles, Who, Stones. Puis j’ai continué à découvrir de nouvelles choses. La semaine passée par exemple, c’était une chanteuse britannique qui s’appelle Flo Morrissey. Exceptionnelle! Actuellement, je suis aussi dans une phase où ma fille de treize ans et moi-même essayons de voir sur quelles musiques nous pouvons – ou pas – nous mettre d’accord!

Pour conclure, le souvenir d’un moment particulièrement fort pour vous dans le cadre universitaire?
L’année passée, j’ai été conférencier invité dans le cadre d’un grand congrès de la Société européenne de linguistique, à l’Université de Zurich. J’y ai donné la conférence d’ouverture, devant environ 800 collègues, dans une salle immense. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie! C’était terrifiant! Finalement, cela s’est bien passé, mais c’est un moment que je vais garder en mémoire.

C’est un peu le croisement entre le professeur d’université et la rock star!
Ça, je ne sais pas! Mais il est vrai qu’en tant que musicien, ce qui me plaisait beaucoup, c’était de voir des lieux différents, de se présenter dans des cadres différents. Et il y a un peu de cela quand on présente ses recherches – et donc soi-même et ses idées – à des collègues, dans des lieux très variés. Ce n’est bien sûr pas tout à fait la même chose, mais il y a des points communs. C’est quelque chose que j’aime beaucoup dans le cadre de mon travail: rencontrer des gens avec des points de vue et des backgrounds très différents.

Bio express
Martin Hilpert, professeur de linguistique anglaise, a obtenu son master à l’Université de Hambourg (2003), puis décroché son doctorat à Rice University (Houston, Texas). Il a effectué un postdoc à l'International Computer Science Institute (Berkeley, Californie). Il est ensuite passé par l’Université de Freiburg (Allemagne) avant de venir à Neuchâtel en tant que professeur assistant en 2012, puis professeur dès 2015.

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