No 143, juin - juillet 2017

Université

Grands-parents et nouvelles technologies: quelles relations avec les proches ?

Grands-parents

Smartphone, PC ou tablette, parfois les trois à la fois : tous ces outils font désormais partie du quotidien de bien des grands-parents. Mais quelles modifications entraînent les nouvelles technologies de communication (NTC) dans les relations que les seniors entretiennent avec leurs proches ? C’est la question centrale de l’étude menée à l’Institut de psychologie et éducation de l’Université de Neuchâtel par Antonio Iannaccone, Vittoria Cesari Lusso et Sophie Lambolez. Les résultats de cette recherche, qui a bénéficié d’un soutien de près de 50'000 francs de la Fondation Leenaards, viennent d’être dévoilés.

«Nous nous sommes référés aux personnes jouant le rôle de grands-parents, âgées de 65 ans ou plus et qui avaient au moment de la recherche des petits-enfants âgés de 0 à 15 ans», indiquent les auteurs de l’étude. La démarche comprenait une vingtaine d’entretiens approfondis dans lesquels il s’agissait de cerner les liens de ces personnes avec ces outils et l’usage qu’elles en font dans le cadre de leurs relations familiales. Elle comprenait des rencontres en face à face, mais aussi des enregistrements d’interactions dans des ateliers informatiques, entre formateurs juniors et les participants seniors.

Les trois scientifiques ont voulu comprendre dans quelle mesure les NTC représentaient plutôt une valeur ajoutée dans la gestion des relations quotidiennes avec l’environnement familial, ou, au contraire, étaient sources de difficultés. Le premier écueil se présente d’ailleurs avant même la prise en main de l’objet, quand le senior doit choisir un appareil par rapport à ses besoins. Et c’est là déjà un premier lien qui se tisse avec l’entourage. «Les grands-parents demandent volontiers conseil à leurs enfants ou même petits-enfants», rapporte Sophie Lambolez.

Une fois qu’ils ont acquis l’appareil, les seniors admettent souvent dépendre de leur progéniture pour le dépannage et des aides techniques. Une grand-maman avait ainsi peur que la relation avec ses enfants et ses petits-enfants se limite à des demandes d’aide en cas de problème.

Vient ensuite la relation entre l’usage de l’objet et le reste de la famille. Une grand-mère confiait avoir pris l’habitude, chaque fois qu’elle gardait son petit-fils âgé d’un an et demi, de faire des photos du bambin et de les envoyer immédiatement aux parents. L’instauration de cette habitude a rapidement montré ses travers. Un jour que la grand-mère a oublié d’envoyer la photo, les parents du bambin se sont inquiétés de ne pas la recevoir et l’ont réclamée.

Un grand-père regrettait de son côté l’importance prise par la tablette entre lui et son petit-fils âgé de 8 ans. Il éprouvait de la peine à le détacher de l’écran pour qu’il vienne manger ou jouer avec lui. «Il avait l’impression d’être en concurrence avec la tablette», résume Sophie Lambolez.

Enfin, le plaisir de garder un contact régulier et vivant avec des proches établis à l’étranger via des logiciels comme Skype est reconnu. Les cas de familles parties pour l’Asie et l’Australie, dont les grands-parents vivent en Suisse, ont ainsi été rapportés.

En conclusion, si les NTC offrent une large palette de nouvelles pratiques communicatives, elles demandent la création de nouvelles règles de fonctionnement qui ne vont pas forcément de soi. Presque tous les grands-parents soulignent en effet les efforts d’adaptation et d’apprentissage continus demandés par les NTC et par la familiarisation avec des outils qui deviennent rapidement obsolètes.

Revue de presse

 


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